LIVRE ANCIEN - Livre d'occasion


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Livre ancien SCIENCES ET VOYAGES 84
Voyages et hébergement BESTIAIRE ANECDOTIQUE
D'ELIAN J. FINBERT

éLéPHANT éTOURNEAU
UN officier d'artillerie de l'ex-armée de l'Inde Britannique, rapporte ce fait : Le train de siège qui se dirigeait vers Seringapatam devait traverser le lit sablonneux d'une rivière qui ressemblait à toutes les rivières de la péninsule indienne. Dans la saison d'été, elles ne traînent qu'un maigre cours d'eau, quoique leur lit soit quelquefois d'une largeur considérable, très défavorable pour le tirage et abondant en bancs de sable. Il arriva qu'un des hommes du train, qui était assis sur un des caissons, tomba. La situation était critique, et dans une seconde, les roues de derrière devaient passer sur son corps. L'éléphant qui marchait derrière le caisson, apercevant le danger que courait cet homme, à l'instant même, et sans aucun ordre de son gardien, souleva la roue avec sa trompe et la tînt suspendue en l'air jusqu'à ce que le caisson eût passé sur l'homme sans lui faire de mal.
FOURMIS
UN jour que j'observais une colonie de fourmis, je mis un gravier sur l'une d'entre elles. Aussitôt que la suivante se fut aperçue de cet obstacle, elle revint sur ses pas, et fit part de la nouvelle aux autres. Toutes alors, coururent à la rescousse ; les unes tentèrent de repousser la pierre et tâchèrent de l'enlever, d'autres s'emparaient des pattes de la prisonnière et se mirent à les tirer avec tant de force que je m'attendais à les voir se détacher du corps. Mais il n'en fut rien et à force de persévérance, elles finirent par dégager la captive. Après cela, j'en couvris une autre de terre glaise, de manière à ne laisser libre qu'une de ses antennes. Ses compagnes l'eurent bientôt découverte et sans perdre de temps, elles se mirent à détacher d'elle la terre glaise, à coups de bec, jusqu'à ce qu'elles eussent délivré leur compagne. Une autre fois, ayant remarqué quelques fourmis qui se suivaient à de longs intervalles, j'en vis une, à quelque distance de la colonne, sous un peu de terre glaise, qui recouvrait son corps, mais qui en laissait apparaitre la tête. Plusieurs passèrent auprès d'elle sans se douter de rien ; mais il finit par en venir une qui l'aperçut et essaya de la dégager. Ne pouvant y réussir, elle s'éloigna rapidement et je crus alors qu'elle avait abandonné son amie, mais elle était seulement allée chercher du renfort et reparut.au bout de quelque temps avec une douzaine de ses congénères, toutes au courant de la situation, car elles allèrent droit à la prisonnière et eurent bientôt fait de la délivrer. Dans un angle reculé, un ascète à l'air las, maigre et décharné, dont les côtes et les os saillent, personnifie l'image du Bouddha dans ses privations purificatives. Partout, sur de nombreuses étagères, des figurines saintes de toutes tailles voisinent avec quelques statuettes mythologiques : un « garouda » à tête de singe, brandissant son sabre en une danse cabalistique, d'autres à visages d'oiseaux de proie, de formes et d'attitudes diverses. Dans l'arrière-boutique, l'envers du décor est tout autre ; ici, un gros tas de ciment, là, des bras, des mains, des jambes, des têtes, des troncs inachevés, autour desquels s'affairent des ouvriers, rognant, cisaillant et burinant à grands coups de marteau qui résonnent dans l'air. Puis, la nuit tombant, les ombres s'amplifient, donnant à ce lieu d'inspiration religieuse un air lugubre et fantomatique, augmentée par le reflet sombre des regards fixes et des sourires figés, que l'on devine dans le noir. Mais demain, les grands Bouddhas, brillant de tout leur éclat, auront retrouvé leur aspect vivant avec la lumière et attendront placidement, le dernier coup de ciseau donné, la dernière retouche faite, que le destin les emporte vers une lointaine pagode, dans laquelle ils seront alors l'objet de la vénération et du culte de tout un peuple. UN étourneau étant rentré dans le trou d'un frêne, ce trou se trouva être trop étroit pour la sortie, Peu de temps après, un oiseau de la même espèce vint à l'orifice, essaya de libérer l'emprisonné. Saisissant le captif juste au-dessous du bec et s'arc. boutant avec ses pattes contre le tronc, il tira dessus. Quoiqu'il fût effrayé par un bruit qui l'obligea à s'envoler, l'étourneau revint à la charge et renouvela sa tentative jusqu'à ce qu'il put enfin délivrer son compagnon.
LE LéZARD MéLOMANE
M. DE LA MARTELIèRE, qui habita plusieurs mois avec quelques amis le château de Stolberg, dans la Thuringe, où il occupait une tour délabrée, bâtie sur la pointe d'une roche, rapporte une curieuse histoire de lézard ensorcelé par la musique. A dix pieds au-dessous de ses croisées, le rocher faisait une saillie et cette saillie offrait un petit espace uni, d'environ quinze pouces carrés. Dès que le soleil dardait ses rayons sur cette plateforme, un énorme lézard quittait la pente voisine, qui lui tenait lieu de retraite, et venait s'y reposer. Aussitôt que l'ombre projetée du château gagnait cette place, la bête s'en éloignait pour rentrer dans son asile dont on ne la voyait sortir que le lendemain. Cette vie régulière et constamment uniforme avait frappé M. de la Martellière et ses amis, depuis quelques jours. Enfin, lorsqu'ils reçurent leurs instruments de musique, les premières notes firent rentrer le lézard dans sa retraite ; mais il en ressortit aussitôt, en s'avançant lentement vers la place qu'il avait l'habitude d'occuper. Le lendemain donna lieu à la même observation ; cependant, sa marche était plus assurée : il soulevait la tête, et une espèce de tressaillement faisait varier avec rapidité les différentes nuances dont son dos était coloré. Le troisième jour, sa crainte avait disparu et sa sortie ainsi que sa rentrée suivirent immédiatement l'apparition ou le déclin du soleil. Un soir — c'était quelques jours après qu'ils étaient en possession de leurs instruments de musique — le lézard était rentré depuis plus d'une demi-heure ; ils exécutaient un cantabile plein d'harmonie : une mélancolie douce donnait à leur jeu un charme indéfinissable. Ils n,',avaient pas achevé la première partie, qu'ils aperçurent le lézard sortant la tête de sa fente ; la seconde partie semblait fixer son irrésolution ; il sortit et, malgré l'absence du soleil, vint pour les écouter, en prenant sa place accoutumée. Le cantabile fini, il retourna dans son trou; ils jouèrent plusieurs airs dans le même ton que le précédent. Mais rien ne put l'en tirer. Le jour suivant, ils recommencèrent leur expé-' rience et son effet était le même ; la seconde partie du cantabile fit chaque fois paraitre le lézard. Ce n'était plus le soleil qui fixait le moment de sa sortie, c'était le charme de l'harmonie musicale. Il s'y abandonnait avec une sorte d'ivresse. Il renonçait pour la goûter, à la régularité de sa vie. Parfois, il se couchait sur le dos pour exposer aux mêmes vibrations toutes les parties de son corps. Bientôt, ce cantabile devint un véritable appel auquel il ne manquait pas de se rendre avant ou après l'aurore, dans le milieu ou vers le déclir du jour : toutes les heures lui étaient égales. Dès que la seconde partie du morceau commençait, il était là pour l'écouter. Tout le reste du concert ne l'intéressait pas. Si les musiciens répétaient son air favori, il revenait ; s'ils jouaient un autre, il demeurait chez lui. Quelquefois, pour éprouver son jugement, ils commençaient la seconde partie, mais il paraissait aussitôt, comme pour prou"er qu'il s'y entendait. Ils réitérèrent cette expérience pendant près de deux mois. et souvent à trois ou quatre reprises par jour, sans qu'elle se démentit une seule fois. Une fois cependant, deux jours de suite, le lézard ne se rendit pas à leurs appels ; mais il avait plu, la terre était humide, peut-être était-il indisposé ; car le troisième jour, il reprit ses visites accoutumées.
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