LIVRE ANCIEN - Livre d'occasion


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Livre ancien SCIENCES ET VOYAGES 18 at 19 Nouvelles Hébrides
Nouvelles Hébrides indigène cassant un coco dans la brousse aux envi- rons du village d'Amok. L'enclos des femmes. Un cultivateur à ia porte unique de son gara:. reste à l'écart. Je remarque dans ses cheveux crépus un très beau peigne. Les carquois de nos nouveaux gardiens contiennent deux genres de flèches. Les premières. acérées. sont vraisemblablement destinées à la guerre. Equipées de pointes taillées dans des os numains, enduites de poison à base de chairs putréfiées. elles se brisent dans les plaies et les infectent de telle façon que le tétanos n'est pas long à se manifester. Les secondes, aplaties ou rondes, sontutilisées pour la chasse et comportent à leurs extrémités des cônes ou des sphères de bois dur qui assomment plutôt qu'ils ne tuent le gibier. Comme ces dernières ne peuvent pas rester accrochées aux arbres, les Canaques les récupèrent jusqu'à usure complète du bois et de l'empenne Tentations du crépuscule. La nuit tombe tandis que nous nous livrons ainsi à l'examen des accoutrements et des armes des soldats d'Amok. Un crépuscule mauve et or, comme seules les lies du Pacifique en voient, emplit le ciel, jetant çà et là à la pointe des arbres les teintes précieuses d'un vêtement somptueux. De la jungle qui nous emprisonne s'échappent encore quelques cris. quelques appels d'un tambour lointain, le dernier piaillement d'une perruche... D'où vient, à ce moment, l'amitié qui nous pénètre pour ce village, ces gens que nous ne connaissons pas? Les ruelles boueuses. les cases grises, les regards pourtant méfiants nous semblent familiers. Nous clignons des yeux. Une statue ricane là, une autre ici, ce margouillat file entre nos pieds... Il nous prend l'envie irrésistible de n'être qu'un de ces s Big-Nambas 3 qui nous surveillent, l'are à la main, nus, libres... Ne réfléchir à aucun problème, chasser, manger, chanter et rire comme on meurt... Mais non... Ne nous abandonnons pas à ce charme sauvage et brisons là l'étreinte empoisonnée de la brousse. Attendons les chefs. Les naturels n'ont toujours pas bougé. Je me lève, des bâtons de tabac à la main et. lentement, je remonte la file jusqu'au Canaque au e Schneider Lentement, parce qu'il est sage de faire preuve de patience... — Smoke? dis-je. Il ne dit pas oui, pas non, mais il accepte le cadeau. Ses mains difformes fouillent la ceinture, y enfouissent le bâton qui sera fumé, plus tard, dans la case. Sa figure ne trahit aucune satisfaction. C'est à peine si j'arrive à voir une lueur briller au fond de ses orbites. Il n'est pas chef, le fait de recevoir quelque chose ne l'oblige pas, par dignité, à me remercier. Alors, à chacun des guerriers j'offre le même bâton de tabac, toujours sans mc presser, comme si je devais poursuivre la distribution jusqu'au lendemain. Figés, ils tendent la main. — Sleep Amok? demandé-je. (Fui au village?) L'homme au « Schneider s me répoi ment. Personne ne peut vous aider. m't dans uns bichelamar s difficile, sauf ru des deux chefs. Kali ou Virembat. N sont partis dans la jungle et la tribu prendre de décision sans leur consent. Grand est notre désarroi. Qu'on. s sachant que si nous ne pouvons pas re sillage• nous serons obligés de repartit travers la brousse, sans aucun moyen • nous orienter. Les • Big-Narnbas s relâchent cep surveillance et nous apportent quclqu légumes à manger. Attention bienséante jetons sur les bananes, les patates et les affamés qui traînent une journée de mas soucis disparaissent tandis que nos remplissent. Hiiiaaa000iii... Un cri longuement r au loin, il retentit une deuxième fois, s rapproche, s'éloigne enfin à perte d'ouie d'un train hurlant de son sifflet et qui t gare à toute vitesse. Nous levons la u pour voir bientôt une horde d'enfants des buissons et courir dans notre dires — Kali he tome I clament-ils, Nous comprenons alors que notre t s'éclaircir; nous touchons au but. Et de se détendre, les sourires de fendre naissantes. Kali nous accueille. Kali apparaît enfin à nos yeux qui ne scruter l'ombre. C'est un bel homme, homme même, auréolé de plumes blancl à ses poignets, è ses chevilles, des touffes c effilochées, qui soulignent sa qualité A son oreille droite pend un curieux bijc d'étoile, en or peut-etre, qu'un voyageur ou vendu. Six hommes, brandissant chacun uns suivent à courte distance. Il s'agit de chasseurs de la tribu, dont Kali s'enio laissant là femmes et enfants, il décid. suivre le cochon sauvage ou tirer le coq Formes étranges. certes, bariolées de rouge. ornées de dessins nombreux. de cochons les parent. — Le chef légendaire, me souffle Kali s'avance lentement, à pas félins 18 Un des sorciers de la tribt de g•er qu'il se compose une attitude, qu'il étudie ses gestes. Il veut nous faire patienter, nous remarquer quand bon lui semblera. C'est lui le chef tout le monde doit s'en souvenir. ces blancs aussi. Ces hommes de la race cri a apporté tant de complications aux Canaques : l'alcool, les fusils. Que veulent-ils encore, ceux-là? pense-t-il manifestement. Puis, le chef de guerre des • Big-Nambas • jette un regard vers ses compagnons qui se sont arrêtés dans l'attente d'une décision. Une conversation, ponctuée de hochements de tête, s'engage entre les hommes. Nous faisons figure d'accusés face à un jury dont le verdict est incertain. Néanmoins, nous ne voulons pas que la partie nous échappe. Nous avons dépensé trop d'enthousiasme pour ce raid, il nous a coûté trop de soins et de fatigue. Comme si Kali avait deviné nos pensées, et comme si, réflexion faite, il ne voulait pas se montrer mauvais seigneur. le voilà qui revient, la main tendue à l'européenne. Il sourit. — Mon gamal est à votre disposition, dit-il enfin, dans un anglais presque pur. Puis, levant la main, il donne une série d'ordres brefs, Un Canaque prend notre sac. un autre les restes de la nourriture éparpillée à nos pieds. Et dans la nuit noire, escortés d'une bonne partie de la population male du village d'Amok, nous nous dirigeons vers la demeure de notre hôte. La case. Cassés en deux, la tête et une jambe en avant, nous franchissons la porte du gamal de Kali, unique, basse, passé laquelle un spectacle extraordinaire SsOfire à nos yeux. Dans cette hutte de grande taille, nous apercevrons d'abord plusieurs feux, autour desquels des visages hirsutes, sévères, demeurent impassibles. Nous découvrons ensuite des ombres qui s'étendent sur les parois invraisemblablement agrandies. Enfin, des ossements humains sont accrochés aux plus grosses pièces de bois de la construction. Quatre gros piliers soutiennent la toiture à deux pans qui descendent jusqu'à terre. Elle est entièrement faite de feuilles de natangura ou • palmier d'ivoire dont le bois est imputrescible. La somme de travail nécessaire pour l'achèvement d'une telle toiture est inimaginable (1). Nous avons, heureusement, emporté une lampe torche qui nous permettra de fouiller les moindres recoins de notre nouvelle habitation. Le sol est en terre battue qu'aucune natte ne recouvre. Pour dormir, nous savons déjà que nous pourrons disposer chacun d'un • tambagar • : c'est un cadre debambous monté sur de courts piquets. avec un 'ondin pour oreiller. Cette case — comme d'ailleurs toute les cases • Big-Nambas • du nord de Malekula — n'a, en fait, qu'un mobilier très sommaire. La coutume est de s'accroupir en toute circonstance et les sièges sont inconnus, sauf dans certains cas, où des troncs d'arbres couchés sont offerts au voyageur. A quelques pieds d'un amoncellement de crânes humains — n'appartenant pas, comme on pourrait le penser. à des guerriers vaincus, mais plus simplement aux morts de la tribu — nous organisons notre nuit. Chose vite faite : les tambagan recueillent nos effets, tandis que, ceints de paréos, nous nous débarrassons de nos chaussures. Nouvelle distribution de tabac. Un sorcier ou • poison-man •, facilement reconnaissable à son épaisse crinière et à ses bracelets plus nombreux, nous fait alors signe d'approcher et, près d'un feu, nous prenons place entre les indigènes. Kali est là, qui a retrouvé son visage fermé de tout à l'heure. Il ne semble plus s'apercevoir de notre présence. Nous fumons gravement, tandis que des • BigNambas • curieux, ayant trouvé une bouteille d'alcool dans nos vêtements, y portent leurs lèvres à tour de rôle. Le temps s'écoule lentement. Pas un son ne vient troubler la torpeur dans laquelle la hutte s'enfonce doucement. lin grand cri aigu s'élève tout à coup des profondeurs de la fora, nous n'en connaîtrons jamais la signification. L'immonde breuvage. Un peu à l'écart de notre groupe, derrière un tas de bois, trois ou quatre vieillards édentés se grattent, se curent les oreilles et les narines ou chassent les poux qui manifestent trop d'agressivité. Le reste du temps. ils mâchent et crachent sans arrêt. Devant eux est posée une large feuille dans laquelle ils bavent et rejettent leur bouchée bien malaxée. Ils prennent alors une racine mince d'un (I) Dan, sen livre La Neacclia-Hdfada.ik, de cendre a dd taud. Auber" de le Rie écrit à ce suée : • Dun le need-oueo de féislckult. niw in mue sont rende. et Inertes, ellen cent entOrement remuant.. et tune (nec ares adroite. à Farde de ce feuilles dc natanrcres. 0, prend pour cc+ séostrément chacun des élteten. score/ab:es é dc Ions, nnluns. eu: COnsponcett en belle palmes et on le rcp:re dam le mm deus longueur : après revoir percé i l'aide d'un poinçon en n. on réninee et on renfile sur un rouet,. Une fois ertkennent menin celui-ci ferme ut pentu dont on sc sert comme d'un. tee. Ces tuiles de f ruilé...« es recouvrent cortiellement In unes lm sutra rt sont EtzUo l'ernmuare dc bambou dont eu fait. Ucane su emeren de lignes Première photo jamais prise Michel sur son petit tes placé entre les pie même travail. Pendant des leur mastication silencieuse. Quand la feuille est pleine dans le liquide blanchâtre, I. de terre et le brassent viî breuvage fade, de la couleur finalement offert en signe d Et sous la surveillance attc trempons nos lèvres dans le réprimer des grimaces ét pourtant bien interprétées détendent tout à fait et rien. Que nous sommes loin < l'heure! Le dégoût nous pren de ces tètes pouilleuses, ch Dormons. Une petite case abandonnée du village d'Amok
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