LIVRE ANCIEN - Livre d'occasion


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Livre ancien SCIENCES ET VOYAGES 118
Voyages et hébergement

L'HOMME PRéHISTORIQUE AU HOGGAR

UNE EXPéDITION FRANçAISE DE PRéHISTORIENS-ALPINISTES, A RELEVé DANS LE MASSIF D'éTONNANTES GRAVURES RUPESTRES

Reportage documentaire de L. CARL, membre de l'expédition. LE massif de la Tefedest, longue LI chaîne montagneuse en forme d'éperon qui s'étend au nord du Hoggar, est une des rares régions du globe terrestre dont la structure, sinon l'aspect, ne se soit guère modifiée depuis le début des temps. Née de l'action du plissement hercynien sur le vieux socle archéen, cette chaîne est demeurée intacte à travers les fantastiques événements qui se sont déroulés au cours des périodes géologiques, modifiant et bouleversant l'aspect du globe. Ni les invasions marines du secondaire et du tertiaire, ni les surrections volcaniques alpines, ni les effondrements continentaux n'ont atteint cet îlot de granit sur lequel seule, l'érosion lente des pluies et des vents put avoir une action. Aujourd'hui, complètement désertique, la Tefedest n'abrite plus que quelques tribus touareg en voie de disparition, que quelques troupeaux de mouflons et de gazelles, et il est probable que dans un avenir assez proche toute vie aura de nouveau déserté ces montagnes dont l'origine se perd dans la nuit des temps.

Alpinisme et préhistoire.

Le massif de la Tefedest, d'un abord très difficile, n'avait jamais été l'objet d'investigations systématiques. En 1935, la Mission alpine française, dirigée par le capitaine Coche — et à laquelle participait le célèbre guide chamoniard Frison Roche — entreprit et réussit au prix des pires difficultés l'ascension de la Garet el Djenoun, pic vertigineux haut de deux mille trois cent vingt-sept mètres qui se dresse à l'extrémité nord de la chaîne. Dans un autre domaine, l'événement le plus important de cette mission fut la découverte inopinée, au cœur même du massif, d'une station de peintures préhistoriques qui, par leur style, s'apparentaient aux plus beaux chefs-d'oeuvre de l'art rupestre européen. Malheureusement, la Mission alpine française n'était pas équipée en vue d'une prospection archéologique, et elle dut se contenter de photographier les documents. En 1945, un Targui (1) signalait aux autorités militaires françaises un second site de peintures sur roches, voisin du précédent. MM. Cousin et Lelubre reconnurent ce site et procédèrent à divers travaux de relevé. Mais ce ne fut qu'en 1949, avec l'Expédition française au Hoggar, spécialement organisée en vue de la prospection et du relevé des documents rupestres, que l'inventaire archéologique du massif de la Tefedest put être mené à bien. En raison des difficultés d'accès et de séjour dans cette montagne désertique, les quatre membres riel, Singulier de Touareg, qui est un plu- de l'expédition durent présenter de sérieuses références sportives, et furent exclusivement recrutés parmi les cadres des associations du scoutisme français. Deux d'entre eux : J. Petit et L. Carl, étaient plus spécialement chargés de la reconnaissance et de la détection des sites archéologiques ; R. Guérard, dessinateur et G. Bourdelon, photographe assuraient les travaux de relevé proprement dit. Un guide targui, de la tribu des Kel Amguid et deux Arabes accompagnaient l'expédition. Le matériel : campement, ravitaillement, matériel scientifique, était transporté par une caravane de huit chameaux. En outre, chaque homme était pourvu d'un chameau de selle. L'armement était réduit à un seul fusil, d'ailleurs plutôt destiné à la chasse qu'à la sécurité du convoi.

Avec les harratines » de Mertontek.

Après avoir séjourné quelques semaines à Tamanrasset, afin de mettre au point l'organisation matérielle de la caravane, nous nous sommes mis en marche, le 28 novembre 1949, en direction du Nord. Quinze jours plus tard, après avoir effectué, en cours de route, divers travaux sur les points d'eau rencontrés et sur la flore locale, nous atteignîmes, par 5° 30' de longitude et 24° 23' de latitude, le centre de Mertoutek. Situé dans un lit d'oued, à environ mille cinq cents mètres d'altitude et au coeur même du massif, l'arrem de Mertoutek est un de ces rares centres du Hoggar où les indigènes ont réussi à se fixer et à se livrer à l'agriculture. Ces hommes sont des « harratines » descendants des noirs capturés au Soudan par les Touareg à l'époque de l'esclavage. Ils constituent dans la féodalité targui la caste inférieure, celle qui assure les travaux manuels tenus pour avilissants par les nobles. L'abolition de l'esclavage par la France n'a d'ailleurs rien changé à cet état de choses, car les harratines, traditionnellement habitués à leur condition, ne semblent guère concevoir l'idée de leur affranchissement. Une vingtaine d'harratines et leurs familles occupent le petit village de paillotes de Mertoutek. Quelques jardins péniblement irrigués et quelques champs de roseaux s'étendent en aval, sur les rives de l'oued que dominent des escarpements rocheux. De maigres troupeaux de chèvres étiques, gardées par de tout jeunes enfants vêtus de haillons, cherchent leur pitance parmi la rocaille.

Où le bourriquot surclasse le chameau.

Cette étrange agglomération fut pour nous une précieuse base de travail, et après une enquête de quelques jours, nous possédions assez de renseignements pour commencer nos investigations. Le 17 décembre, sous la Conduite du caïd Salem, nous arrivions au col de Babaya, à environ vingt kilomètres au nord-ouest de Mertoutek, point situé à proximité des plus importantes stations archéologiques et sur lequel nous installâmes notre camp de base. Dans les jours qui suivirent, notre principal souci fut de reconnaître systématiquement la région et de localiser avec précision les abris sous roches recelant des représentations rupestres, Ce fut là un très gros travail, qui tenait plus de l'alpinisme que de la recherche scientifique. Mais nous connûmes encore de plus grosses difficultés lorsqu'il s'agit de hisser à travers des éboulis et des passages invraisemblables tout le matériel nécessaire à la reproduction des documents : table à dessin démontable, cantines renfermant les accessoires, grands rouleaux de papier, ravitaillement, outres d'eau, matériel de campement léger. Après quelques échecs qui eussent pu tourner à la catastrophe, nous comprîmes qu'il ne fallait pas compter sur nos chameaux pour assurer le transport du matériel dans des conditions aussi acrobatiques. Nous fîmes alors appel au « bourriquot ». Les vaillants petits ânes de Mertoutek, agiles, résistants et insensibles au vertige, nous rendirent de précieux services. Mais, bien souvent, le passage devenait inaccessible même aux bourriquots. Il fallait alors hisser le matériel à dos d'hommes et peiner pendant de longues heures sur des parois impossibles avant d'atteindre les sommets où se trouvent les fameux rochers peints.

Artistes inégaux.

Les découvertes que nous fîmes nous payèrent largement de nos efforts. Il m'est difficile de décrire la surprise, l'émerveillement que nous avons ressentis lorsque, après ces longues étapes à travers une montagne strictement désertique, nous avons rencontré les premiers vestiges de cette étonnante préhistoire saharienne, vestiges qui frappent autant par le passé qu'ils évoquent que par la précision et la richesse de leur art. On reste vraiment confondu devant cette sûreté du trait ou du coup de pinceau, devant cette science de la composition décorative que ne renieraient pas les meilleurs artistes modernes. Cependant, toutes les figurations rupestres n'ont pas cette qualité artistique. Certaines sont plus gros- 113
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