LIVRE ANCIEN - Livre d'occasion


379 LA NATURE.

LA NATURE. 379
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379 LA NATURE.

surface totale de 40 hectares, avec des quais de 4 kilomètres de longueur; il est devenu cependant rapidement insuffisant pour les navires si nombreux qui y viennent maintenant, et un mètre de quai, qui correspondait autrefois, en 1855, par exemple, à 175 tonnes de jauge moyenne, devait suffire en l876 à un trafic de 500 tonnes.
En présence de cette situation, le gouvernement et la ville d'Anvers se décidèrent à faire les sacrifices nécessaires pour lui donner les agrandissements imposés par l'extension de son trafic. La commission chargée de l'étude des travaux à accomplir reconnut qu'il fallait d'abord régulariser le cours de l'Escaut pour faciliter la circulation des eaux et donner au fleuve une section uniforme avec une largeur de 550 mètres et une profondeur de 8 mètres dans toute l'étendue de la ville. En outre, il était nécessaire de prolonger sur une longueur de 5500 mètres environ les quais du fleuve, qui n’étaient pas accostables pour les navires sur plus de 500 mètres. Le mur qui va être construit à ce effet, et qui doit aller depuis l'écluse du bassin de Kattendyk jusqu'à l'extrémité des terrains de la citadelle, a son tracé général donné, comme l'indique la figure 6 qui représente le plan de la ville avec les nouveaux travaux, par deux arcs de cercle raccordés au moyen d'une tangente commune.
On doit construire en outre un bassin de batelage de 4 hectares de superficie, avec des quais dont le développement longitudinal atteindra 1800 mètres, en laissant une largeur de 50 mètres devant la façade des maisons, Ce bassin sera rattaché à l'Escaut par l'intermédiaire d'une écluse à sas de 15 mètres de largeur avec un chenal d'entrée permettant aux bateaux de stationner en dehors du courant. Enfin une digue de raccordement spéciale sera construite à l'amont du quai pour prolonger la nouvelle rive de l'Escaut.
Ces travaux considérables, qui comptent parmi les grandes entreprises de notre époque, furent adjugés à MM. Couvreux et Hersent pour la somme de 38 millions de francs, et sont actuellement en cours d'exécution.
Le grand mur de soutènement du quai de l'Escaut, dont nous venons de parler, doit avoir 7 mètres de largeur au dessus des fondations avec un fruit de 1/10, et il aura une hauteur moyenne de 14m,35. Les fondations ont une largeur de 9 mètres, elles descendent dans le lit de la rivière à des profondeurs variant de 2m,50 à 5 mètres, suivant la nature du sol. L’établissement de ces fondations en particulier, présentait des difficultés considérables dont les entrepreneurs sont parvenus à se rendre maîtres, grâce à leur habileté et à leur expérience consommées.
Comme il fallait creuser à 8 mètres de profondeur au dessous du niveau de l'eau, ils durent avoir recours à l'air comprimé. Le travail était exécuté par tronçons de 25 mètres de longueur ; on établissait les fondations à l'intérieur d'un premier caisson fixe de 25 mètres, installé au fond de la rivière. Ce
caisson, destiné à rester au fond de l'eau après l'achèvement des travaux, était surmonté pendant le travail, d'un batardeau mobile assemblé exactement sur lui, qui permettait en outre d'édifier la maçonnerie au-dessus du plafond du caisson jusqu'à l'amener au niveau de l'eau (fig. 1 et 2).
Le caisson lui-même avait une section uniforme de 25 mètres de longueur sur 9 mètres de largeur, et une hauteur variant de 2m,60 à 6 mètres, suivant la nature du sol dans lequel on devait l'enfoncer, La chambre de travail, à la partie inférieure, qui servait à l'extraction des déblais, avait 1 m,90 de hauteur; elle était surmontée d'un plafond formé d'une tôle de 6 millimètres, raidie par des poutres transversales espacées de mètre en mètre. On avait ménagé, d'autre part, cinq cheminées donnant accès dans la chambre à air pour l'entrée des ouvriers et l'introduction de l'air comprimé et du béton qui devait remplir finalement la chambre.
Quant au batardeau mobile, il présentait la forme d'une grande caisse en fer sans fond, de 14 mètres de hauteur, dont les parois avaient 0m,50 d'épaisseur, ce qui lui laissait à l'intérieur 24 mètres de long sur 8 mètres de large. A la partie inférieurs des parois était ménagée une chambre complètement étanche, qu'on pouvait remplir d'air comprimé et dans la base de laquelle étaient percés les trous, d'assemblage correspondant avec ceux du caisson. Les cheminées du caisson étaient également prolongées sur le batardeau par des tubes débouchant à l'air libre. Le batardeau avec tous ses accessoires pesait 200 tonnes environ; il était emmené sur un échafaudage flottant porté lui même par deux bateaux de 26 mètres de long et 5 mètres de largeur. Ceux-ci étaient espacés de 10 mètres et supportaient six fermes de 12 mètres de hauteur, l'ensemble formant une sorte de cage dans laquelle était enfermé le batardeau (fig. 1 et 2).
Le levage et la descente de cette énorme masse pour l'amener sur l'échafaudage s'opéraient à l'aide de douze palans actionnés par autant de treuils à noix commandés eux-mêmes par une machine à vapeur. C'était là une opération des plus délicates exigeant des précautions spéciales, aussi les chaînes étaient-elles rigoureusement calibrées pour obtenir une descente régulière et éviter toute déviation: on avait même ajouté à l'extrémité supérieure de chaque palan un ressort à cinq disques en caoutchouc pour régulariser la charge qu'il soutenait. La machine à vapeur qui commandait les palans était installée sur le ponton de l'échafaudage flottant, et elle actionnait également deux pompes à air pouvant fournir chacune 500 mètres cubes à l'heure pour alimenter les caissons; elle commandait en outre deux grues qui soulevaient les matériaux pour les introduire dans le batardeau. Les broyeurs à mortier et les grues qui les desservent étaient commandés enfin par une machine spéciale installée aussi sur le ponton, de sorte que tout le travail s'opérait mécaniquement.
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