LIVRE ANCIEN - Livre d'occasion


378 LA NATURE.

LA NATURE. 378
378 LA NATURE.

Saxons. Ils se sont adonnés principalement à la culture de la canne à sucre et à la chasse des éléphants ou des bêtes féroces.
On doit également rappeler l'existence d'un certain nombre de tribus montagnardes qui ont toujours su conserver une sorte d'indépendance. Tels sont les Karéens, qui d'abord confinés dans l'isthme de Kraw, vivent aujourd'hui dans les montagnes voisines de Siam. Mais au-dessous des Karéens, au dernier échelon de l'échelle de la civilisation, il convient de placer les Seelongs, hardis pêcheurs des îles Mergui, habitants temporaires de huttes de bambou pendant l'hiver, qui se contentent pendant le reste de l'année de l'ombre épaisse des arbres, qui vivent de tortues, de coquillages et d'autres fruits de la mer.
L'immigration chinoise est aussi devenue assez considérable; les Célestes, qui vivent presque exclusivement dans les villes de la côte, y ont apporté leurs qualités et leurs défauts bien connus.
Un voyageur qui a résidé pendant une année entière dans la Birmanie anglaise, à qui nous devons une partie des détails qui précèdent, nous a également fourni quelques renseignements qui viennent s'ajouter avec fruit auxbphotographies que nous reproduisons ici. M. le comte Mahé de la Bourdonnais, ingénieur civil, qui a longtemps résidé à Calcutta et dans l'Inde anglaise, qui a ensuite visité Rangoon, Maulmein et une partie du Tenas¬serim, nous racontait il y a quelques jours que les montreurs de marionnettes (voir fig.) parcourent le pays et donnent des représentations gratuites à l'occasion des fêles religieuses ou lors du passage de quelque riche particulier. Les pièces qu'ils représentent sont pour la plupart tirées de l'histoire nationale et les personnages, princes, princesses, bouffons, égaient la trame sombre d'un drame à la Pixérécourt par des lazzis et force jeux de mots qui excitent les exclamations des assistants, femmes, enfants et vieillards, qui, sans souci d'une température souvent assez froide, suivent pendant une nuit entière, avec le plus vif intérêt, les péripéties de l'action qui se déroule sous leurs yeux.
Les Birmans ont aussi des danseuses dont les exercices sont aussi indécents que ceux des bayadères, mais en général ces femmes sont mal faites, ne sont pas cambrées et, contrairement aux Hottentotes, ont la chute des reins très peu développée.
Aux plaisanteries fortement épicées que débite un personnage ayant certains rapports avec le Karagheuz des Turcs, plaisanteries qui soulèvent les rires et certaines exclamations qui marquent la surprise et l'étonnement, succède une musique étourdissante. Les instruments les plus usités sont une grosse caisse en bois avec cymbales métalliques de plusieurs dimensions, des trompettes, des flûtes et des flageolets et une sorte de pipeaux qu'on ne rencontre nulle part ailleurs et qui permettent d'émettre tantôt les sons les plus harmonieux, tantôt les plus discordants.
Tels sont les détails que nous avons jugé utile de donner sur la Birmanie anglaise. Ils prennent un intérêt tout particulier d'actualité au moment où tout semble se préparer pour l'annexion du Burmah indépendant. Le roi Thibau, dont les cruautés ont soulevé l'indignation et le dégoût de toute l'Europe, paraît atteint de delirium tremens. Sa mort sera certainement le signal de la guerre civile; s'il vit, ses accès de folie peuvent amener quelque catastrophe épouvantable. Mandalay, sa capitale, est habitée par un petit nombre d'Ang1ais, de Français et d'Italiens dont la vie est entre les mains de ce despote aviné et inconscient, si bien que l'Angleterre est à la veille d'intervenir et de mettre fin par l'annexion du pays, aux sombres tragédies dont il est le théâtre.
GABRIEL MARCEL •

LES TRAVAUX DU PORT D'ANVERS

Nous extrayons ici quelques renseignements intéressants d'une communication récemment adressée à la Société des Ingénieurs civils sur les travaux du port d'Anvers, par MM. Couvreux et Hersent, les entrepreneurs si connus qui ont attaché leurs noms aux principaux travaux publics accomplis à notre époque. Ceux qui ont été entrepris à Anvers pour l'agrandissement du port et la régularisation du cours de l'Escaut, présentent d'ailleurs Une importance considérable à tous les égards, et ils vont donner sans doute encore au commerce de cette ville une extension nouvelle. Le tonnage des navires qui viennent au port d'Anvers atteint annuellement déjà 5 600 000 tonnes, et il dépasse ainsi le double du tonnage de Marseille, limité à 2 600 000; il est trois fois supérieur à celui du Havre (1 800000); il y a lieu de penser que, après l'ouverture définitive de la ligne du Saint-Gothard, il attirera définitivement à lui le grand mouvement de transit allant de la mer du Nord à la Méditerranée, car son port est mieux aménagé, il présente plus de facilité pour l'abordage des bateaux, qui trouvent toujours un mouillage de 8 mètres de profondeur. Il est admirablement desservi par des voies de navigation intérieure, il jouit généralement sur les voies ferrées de tarifs de transport très favorables, et en même temps les formalités diverses y sont moins longues et compliquées que dans les autres ports du littoral, surtout en France. D'autre part, au point de vue même de l'installation, le port d'Anvers est un des mieux outillés pour assurer le chargement et le déchargement des bateaux, le réseau de voies ferrées qu'il renferme comprend une longueur supérieure à 65 kilomètres et occupe une superficie de 52 hectares, il possède en même temps plus de 52000 mètres carrés de hangars couverts. Ce port, de construction récente, comprenait déjà avant ces derniers travaux sept bassins à flot, occupant une
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