LIVRE ANCIEN - Livre d'occasion


70 LA NATURE.

574 ou 374 ?

LA NATURE.
ment à une pointe avancée d'une assez grande étendue.
Cette énorme coulée dura quarante jours. Les laves disparurent complètement du Kilauea, à ce point que M. Coan 1 put descendre dans la cavité ainsi évacuée, et constater qu' elle avait alors un diamètre de 450 mètres, Cette disparition des laves fut accompagnée d'un effondrement qui abaissa le niveau du cratère à 960 mètres, ainsi que le représente la section (fig. 2) donnée par Birgham, à la suite d'une exploration faite par 1ui en 1874 .
A cette date, M. Birgham trouva le lac de feu séparé en deux bassins par une cloison de lave. Dans le premier; la lave en fusion se tenait à quelques mètres au-dessous du bord; dans le second, elle atteignait un niveau un peu plus élevé. Sur le côté ouest du cratère, on voyait alors un certain nombre de cônes volcaniques plus ou moins élevés, dont trois en activité continue donnaient des vapeurs et quelques projections. ...
Tout récemment, en avril 1879, le Kilauea se vida tout d'un coup, sans qu'aucun signe précurseur eût fait prévoir cet événement et sans qu'aucune
Coupe du Mauna-Loa Fig. 5. Coupe théorique du Mauna-Loa,
coulée vint indiquer le point par lequel les laves avaient pu s'échapper 2. Pendant quelque temps on crut que c'en était fait du célèbre lac de Kilauea, mais bientôt il revenait à son état normal; les laves reprirent possession de leur ancien domaine, à la grande joie des habitants, car ce spectacle attire dans file un grand nombre de visiteurs,
Cette disparition subite des laves dans le cratère du Kilauea, peut se concilier avec l'existence de cavités souterraines sous le Mauna-Loa, entièrement formé par des coulées successives de lave au travers desquelles la roche en fusion se fraye un passage quand elle a acquis le degré de température et de tension suffisant pour refondre les parois qui l'encaissent.
C'est alors, par suite de cet affaissement des laves, que se produisent, dans le cratère, ces effondrements qui ont amené, dans sa forme et dans sa position, ces changements que nous avons décrits, et surtout celle succession de terrasses étagées contre les parois de la grande cavité qui représentent les divers niveaux atteints par les laves dans leurs périodes de débordement.
La parfaite horizontalité des coulées qui constituent ces parois entaillées à pic nous indique encore que ce cratère lui-même n'a pas d'autre origine et
T1 Dr Coan, American Journal, 3' série, XIX, p. 227.
2. De Lapparent, Traité de Géologie.
doit son immense étendue à une suite d'effondrements successifs, qui vraisemblablement ont suivi de près l'explosion initiale qui a présidé à l'ouverture de cette cavité. Sous l'effort des laves, combiné avec les actions de refusion produites, la montagne a cédé en divers points; c'est ainsi que se sont établis, à la suite du Kilauea, une série de petites dépressions cratériformes, orientées sur une ligne de fracture dirigée E. O., qui maintenant inactives et en partie comblées par les laves, ont toutes été occupées pendant un certain temps par des lacs de feu.
Nous avons vu que le Mokua-Weo-Weo devait être attribué à une action du même genre; la disposition régulière des laves aux alentours de cet orifice, jointe à l'absence complète, de projections, sont autant de faits qui viennent à l'appui de cette hypothèse.
C'est l'émission pour ainsi dire continue, et poursuivie pendant un long espace de temps, de laves très fluides par cet orifice central qui a porté ainsi le Mauna-Loa à 4200 mètres, en lui donnant cette forme en dôme aplati qui résulte de leur accumulation successive. Sur ses pentes, à une époque fort ancienne qu'il est impossible de préciser, le Kilauea s'est établi et son 'activité ne paraît pas s'en être ressentie. Ces deux appareils complètement indépendants ont, en effet, fonctionné isolément en contribuant, chacun de leur côté, à l'accroissement régulier du massif qui les supporte.
C'est ainsi que pendant les violentes éruptions du Mokua-Weo-Weo, que nous avons signalées, le cratère ouvert du Kilauea demeure dans un état de tranquillité habituelle, sans paraître impressionné par l'énorme développement de forces qui se manifeste dans l'axe central du volcan pour amener la lave en fusion jusqu'à son sommet. Une colonne de lave se maintenant à une pareille hauteur atteste la solidité de cette montagne , qui n'offre une telle résistance que parce que ses pentes sont très affaiblies (elles ne dépassent pas 8 degrés); autrement, s'il existait une communication souterraine entre ces deux orifices, celui situé en contre-bas ferait office de siphon et les laves jaillissantes s'en échapperaient pour se mettre à niveau (fig. 5).
Le défaut de correspondance entre ces deux cratères doit tenir à ce que tous deux ne sont pas toujours en communication directe avec la nappe souterraine qui fournit la matière aux éruptions :
On peut concevoir que dans un pareil massif volcanique un des conduits de décharge soit temporairement intercepté par suite de la consolidation des laves en son intérieur en raison de conditions spéciales qui amènent leur refroidissement, tandis que le conduit voisin, situé en contre-bas, reste en communication constante avec l'intérieur et subit alors un accroissement graduel de température et de tension qui permet aux laves de se maintenir à l'état fluide.
Les éruptions du Mokua-Weo-Weo doivent provenir, suivant toute apparence, d'un foyer situé à